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par Achille
Face à la montée des périls, c’est bien connu, rien ne vaut une bonne vieille unité nationale. Thème révolutionnaire s’il en est. La Patrie est en danger, c’est le moment de se serrer les coudes. En pleine tourmente économique comme face aux Taliban armés jusqu’aux dents devant des soldats français mal fagotés, l’unité nationale est l‘éponge qui efface tout, les erreurs passées, présentes et, sans doute, à venir.
Cette stratégie politique fédératrice a ceci de formidable qu’elle est politiquement correcte. De façon imparable. Qui, sans rougir de honte, oserait mettre en cause le fait que chacun doit se rallier derrière la même bannière alors que la tempête mondiale fait rage et précipite tous dans la peur du lendemain? L’Union Sacrée c’est l‘évidence. Du reste, elle fût historiquement tout autant prêchée par Robespierre que par Jean-Paul II.
A la suite de l’appel “unitaire” des partis démocrates et républicains aux Etats-Unis pour tenter de valider un plan de sauvetage de la finance, c’est donc sans hésiter que François Fillon a lancé un vibrant appel à “l’unité nationale” face à cette crise financière désormais sans frontières. “Les temps sont difficiles (...) Il y a des moments où l’unité nationale s’impose”, a déclaré le Premier ministre au cours d’une réunion publique de l’UMP en grande banlieue parisienne. Il intervenait après le discours de Sarko à Toulon (cf: detoxinfo.fr du 26 septembre).
Lors de cette dernière causerie, l’omniprésident a dit tout et son contraire, rejetant d’une main tout plan d’austérité mais prévenant que la crise aurait des conséquences graves sur la croissance et l’emploi. Sans apporter d’autres solutions concrètes que le cortège traditionnel de promesses et l‘énumération non moins habituelle des “je veux que” ou des “je refuse que”. Galvanisante méthode coué!
Stratégie payante, semble-t-il. Selon un sondage publié dans Le Parisien ce week-end, 44% des Français se sont laissé “convaincre” par l’envolée de Sarko. Dont 30% de sympathisants du Modem et 21% de sympathisants de gauche…
Ce joli résultat sur l’opinion, qui redore un peu le blason du chef de l’Etat jusqu’ici en chute libre dans les sondages, va néanmoins être mis à mal par la dure réalité. Car les faits sont têtus. Et si l’on écoute bien le “collaborateur” Fillon, on apprend que la “passe difficile” va réclamer “du sang-froid, de la ténacité et du courage”. Le diable est toujours dans les détails.
Nous avons déjà appris que si le déficit de l’Etat s’est en nettement creusé cette année par rapport aux prévisions initiales, à 49,4 milliards d’euros (contre 41,7), il devrait encore s’accentuer en 2009, à 52,1 milliards. Les caisses seront de plus en plus vides.
Ce lundi soir, la publication des chiffres d’inscriptions à l’ANPE en août va également tempérer la liesse populaire. Ces chiffres “seront très mauvais, et beaucoup plus qu’avant”, a déjà prévenu le secrétaire d’Etat Laurent Wauquiez, confirmant le chiffre de “30 à 40.000 chômeurs de plus” révélé par le site Rue89. Il faut remonter à 1993 pour trouver une progression aussi forte.
Compte tenu du nombre effroyable de plans sociaux annoncés ces derniers mois, il fallait s’y attendre et mettre raisonnablement en perspective le pathétique optimisme de Christine Lagarde, cette ministre dont la France pourrait faire l‘économie.
Ceci dit, cette progression est une magnifique opportunité de mettre en avant “notre” union nationale. La solliciter auprès des grands patrons. Auprès de celui de Renault, par exemple. Ainsi, Georges Ghosn, l‘âme soudainement patriotique mettrait immédiatement à la poubelle son plan de réduction de 5.000 emplois alors que la marque au losange a enregistré une hausse de près de 50% de son bénéfice au premier semestre…
La Une du www.detoxinfo.fr du 23 septembre 2008. Découvrez l'information satirique et d'Opinions sans pub!
Comment faire pour préserver ses bénéfices quand on est un industriel de l’alimentation en pleine période d’inflation, sans froisser ses clients ou faire perdre la face à un gouvernement
pris dans le siphon de la baisse du pouvoir d’achat (mais généralement très compréhensif avec les choses de l’argent) ?
Par l’inflation masquée bien sûr!
Cette réponse nous est fournie par une enquête publiée ce mercredi dans le magazine 60 millions de consommateurs, opuscule grandement redouté par le grand commerce et ses fournisseurs, tous régis par la loi de la marge.
Selon cette enquête, il faut avoir vraiment le sens du rythme pour avoir déchiffré la partition jouée par les industriels de la bouffe. Car il n’y a pas eu de valse des étiquettes. Plutôt des arrangements sous la gondole. Car au premier coup d‘œil, selon l’organe de l’Institut national de la consommation, les prix n’ont pas varié pendant l‘été. Cela aurait été très contre-productif et anxiogène auprès d’une clientèle terrorisée par le vide abyssal de son porte monnaie.
Le camouflage utilisé est beaucoup plus efficace que celui des troupes françaises en Afghanistan. Il passe par trois méthodes :
La première, et la plus courante, est la réduction des quantités. Ainsi, les célèbres “Prince” de Lu ne pèsent plus que 300 grammes contre 330 grammes avant l‘été. Le “Jockey” de Danone pèse lui aussi moins lourd : 850 grammes de fromage blanc contre un kilo auparavant. Ni vu ni connu ni pesé, je t’embrouille. Personne n’a vraiment vu le tour de passe passe. Tout bénèf sur les quantités énormes débitées par les grands distributeurs et tout le monde s’y retrouve. Sauf le cochon de client, bien sûr…
Une autre entourloupe consiste à changer l’emballage. Le produit reste le même, mais le paquet est plus beau, vlan : le prix augmente. Et le consommateur se laisse couillonner la plupart du temps en pensant qu’il s’agit d’un produit nouveau. Recette traditionnelle du marketing raisonné en trois leçons.
Mais 60 millions de consommateurs relève beaucoup plus grave : il s’agit ici de modifier la recette et de remplacer des ingrédients onéreux par des matières premières moins chères ou changer la composition pour abaisser le coût de revient. Le magazine précise que ce procédé est “surtout l’apanage des premiers prix ou du hard discount”.
Toc ! Ce sont les consommateurs les plus défavorisés qui trinquent avec du picrate frelaté ou du jus de pomme à la pisse d‘âne. Mais baste, qu’importe le contenu pourvu qu’on ait de la marge. En tout cas, quand il s’agit de la préserver (la marge) l’imagination n’a pas de limite.
Selon Luc Châtel, le secrétaire d‘État à la consommation et porte-parole du gouvernement, ces pratiques “ne sont pas nouvelles”. Ah, bon si le gouvernement était au courant, c’est autre chose…
detoxinfo.fr et 60 millions de consommateurs
La Une du 24 septembre de www.detoxinfo.fr. Visitez le premier satirique en ligne sans pub!
La Somalie, l’Irak ou bien encore la Birmanie sont des pays que vous connaissez bien car ils sont le théâtre d’une actualité brutale. Forts différents, ils ont néanmoins un point commun : ils pâtissent, ainsi que la plupart des pays pauvres, d’une maladie mortelle : la corruption. Toutefois, les premiers symptômes de la maladie pourraient bientôt se signaler dans le monde industrialisé, blessé mortellement par la crise financière. Un inquiétant rééquilibrage Nord -Sud.
Selon le rapport 2008 de Transparence International la corruption s’apparente à une véritable “catastrophe humanitaire” qui tue aussi sûrement que les fusils d’assaut Kalashnikov.
“Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie ou de mort, par exemple quand de l’argent pour des hôpitaux ou de l’eau potable est en jeu”, souligne Huguette Labelle, la présidente de l’ONG basée à Berlin.
Si il est communément admis que les pays pauvres sont touchés par une justice corrompue et un système parlementaire qui ne vaut guère mieux ce qu’on sait moins c’est que les pays aisés souffrent quant à eux d’une régulation insuffisante du secteur privé et d’un manque de contrôle des institutions et des transactions financières, selon ce rapport dont les bonnes feuilles ont été rédigées avant l’explosion financière mondiale.
Transparence International pointe le déclin de certains pays européens qui devraient faire un brin de ménage parmi leurs entreprises qui n’hésitent pas à corrompre les responsables de pays étrangers, ou ferment les yeux sur la provenance de fonds suspects déposés dans leurs établissements financiers.
“L’existence de doubles standards est inacceptable et n’est pas légale (...) car elle mine la crédibilité des pays aisés lorsqu’ils appellent à lutter contre la corruption dans les pays pauvres”, explique la présidente de l’ONG.
Elle liste des critères de “propreté” qui ne sont guère des acquis définitifs quelles que soient les zones géographiques. “Lutter contre la corruption nécessite un contrôle fort via des parlements, des forces d’exécution de la loi, des médias indépendants et une société civile dynamique”, dit-elle. “Lorsque ces institutions sont faibles, la spirale de la corruption échappe à tout contrôle avec d’horribles conséquences pour le peuple, et plus généralement pour la justice et le respect des égalités”.
Propos qui pourront apparaitre prémonitoires dans des pays ultra-présidentialisés, où les moyens de justice sont réduits par souci “d‘économies budgétaires” et où les journalistes sont en passe d‘être contraints de dévoiler leurs sources, comme? (celui qui trouve gagne un abonnement gratuit de trente ans à detoxinfo.fr)
Depuis 1995, l’ONG publie chaque année un indice de perception de la corruption (CPD) classant 180 pays sur la base de l’analyse d’un groupe international d’hommes d’affaires, d’experts et d’universitaires. L’indice va de 10 pour un État jugé “propre” à zéro pour un État perçu comme “corrompu”.
Les tristes bouquets de la corruption reviennent à la Somalie (1,0), la Birmanie (1,3180), l’Irak (1,3), Haïti (1,4178), l’Afghanistan (1,5177), le Soudan (1,676), la Guinée et le Tchad (1,6).De l’autre côté de l‘échiquier, sur la face “propre” figurent sans grande surprise le Danemark, la Suède et la Nouvelle-Zélande, avec chacun un indice de 9,3 points, suivis de Singapour, avec 9,2.
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Article du 24 septembre 2008 publié sur www.detoxinfo.fr. Visitez l'information satirique en ligne sans pub!
Gêné aux entournures par son silence sur la crise financière, le Sarko nous gratifie finalement d’une belle sortie dont il a le secret. Il devait s’exprimer sur ce sujet jeudi 25 septembre à
Toulon, mais il a trouvé New York et les Nations Unies beaucoup plus exotiques et nimbées de spot lights pour faire entendre au monde ce que le président français pense de la crise financière.
Prenez garde!
Il conserve ici le costume de défense de l’opprimé face aux errances du grand capital, endossé lors du financement du RSA, et gronde contre les acteurs de la bulle financière qu’il voue aux gémonies. En battant des bras avec véhémence, comme à son habitude.
“Qui est responsable du désastre ? Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes et que nous, les chefs d‘État, assumions nos responsabilités”, a exhorté le président français ( avec tout de même un zeste de prudence et sans donner de nom) en recevant le prix humanitaire de la Fondation Elie Wiesel. Sarko l’humanitaire.
“Nous devons la vérité et la franchise dans la crise financière. (...) Aujourd’hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies”, a-t-il poursuivi, la main sur le cœur et la larme populaire sous le crépitement des flashes. Et de plaider, en tant qu’actuel président de l’Europe pour la tenue d’un “sommet international” d’ici la fin de l’année afin de plancher sur la régulation des marchés.
Le problème c’est que tout cela est bien beau mais Sarko est bien à la peine de dire qui,et comment, sanctionner. Ses sorties Onusiennes résonnent un peu comme les paroles de Tartarin dans la garrigue de Tarascon.
Mais pour plus de crédibilité et un maximum de poudre aux yeux, il s‘était entretenu lundi soir avant de lancer ses “annonces” avec Timothy Geithner, le patron de la branche new-yorkaise de la banque centrale américaine, après avoir prononcé un discours lors d’un sommet de l’ONU sur les besoins de développement de l’Afrique. “Un bon échange”, selon un marquis de l‘Élysée.
La stratégie sarkozyenne actuelle est d’appeler à une “surveillance plus efficace” des marchés financiers. L’ancien ministre des finances (2004) et du budget (1993-1995) qu’il a été, souhaite notamment que l’UE soit “exemplaire dans ses systèmes de surveillance et d’alerte” de ses activités financières et estime que “l’Europe de la finance ne peut pas faire abstraction des règles de l‘éthique, de la morale et de la responsabilité”.
Ce que l’on est en droit de se demander c’est qu’après ses stations à des postes aussi économiquement importants au gouvernement, pourquoi Sarko n’a jamais réussi à la mettre en place une surveillance “efficace”?
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