Le CNC tourne contre les cinémas d’Art et Essai

Publié le par Achille

    En octobre 2007, le Méliès, cinéma  municipal  de Montreuil, est traîné en justice par UGC pour « concurrence déloyale» et  « abus de position dominante », rien que ça. Il faut dire que le modeste établissement de Seine Saint-Denis a eu l’impudence de déposer un projet d’extension. Quand on sait que le Ciné Cité UGC de Rosny-sous-Bois  (tout proche) diffuse une majorité de blockbusters en version française, tandis que le Méliès se concentre sur des films d’auteurs indépendants en version originale, on se demande sur quel plan se situe la concurrence.

    En réalité, « Concurrence déloyale » signifie, en jargon UGC, le refus louable de promouvoir et distribuer des navets. Le projet d’extension du petit cinéma a sans doute effrayé le géant de la distribution cinématographique, assez lucide sur sa programmation et sur ses tarifs pour  craindre l’agrandissement d’une salle de qualité à portée de toutes les bourses.

   Aujourd’hui, c’est au tour du Méliès (le nom serait-il maudit ?) de Grenoble de se voir refuser par le CNC (NDLR : Centre national de la cinématographie, établissement public qui, entre autre, réglemente l’économie du cinéma) son projet d’agrandissement.

 

                                                      Calculettes

 Et à première vue - mais à première vue seulement - les grands circuits n’ont rien à voir avec l’affaire. Fin 2007, le Méliès grenoblois dépose un projet d’extension « élaboré de concert avec le CNC », assure Bruno Thivillier, directeur de la salle. Dans les mois suivant, la Commission d’aide sélective du CNC rend un avis défavorable, prétextant un  nombre suffisant de cinémas Art et Essai dans la cité grenobloise. Bizarre autant qu’étrange car, après un tour des lieux approfondi et l’emploi de plusieurs calculettes,  il semble que Grenoble ne compte que deux cinémas Art et Essai. Dont le Méliès justement. Il est vrai que ce dernier possède près de 96 fauteuils… De quoi asseoir au moins  0,06 % des 156.000 habitants de la ville. Dans ces conditions,  le souhait de Méliès d’investir une ancienne caserne militaire afin de mettre à disposition des spectateurs trois salles et 524 fauteuils apparaît clairement comme un luxe superflu . Pour Les Bronzés 4, le multiplexe Pathé du centre-ville et ses 10 salles feront donc l’affaire. En revanche, pour la sortie du prochain film de Pascale Ferran, les gens  seront contraints de faire la queue des heures durant avant de décrocher une des 96 précieuses places du petit cinéma. Le CNC aurait-il décidé de s’ériger en garant du monopole des groupes privés, à la programmation parfois douteuse ?  Car en refusant le projet d’extension du petit cinéma, le CNC protège l’exclusivité de Pathé à Grenoble, et cette fois, Pathé n’aura même pas à intenter de procès.

                                                              Bok/detoxinfo.fr

 

Publié dans economie

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