Edvige : la "goutte" d'eau qui fait déborder la vase liberticide

Publié le par Achille

La Une du 10 septembre 2008 de www.detoxinfo.fr, premier journal d'informations satiriques et d'Opinions sans pub du web

Edvige est-elle une femme fatale? En tout état de cause, la prise de conscience populaire en cette rentrée du danger du fichier de police installé par décret le 1er juillet dernier est certainement l'un des plus gros problème rencontré par le gouvernement en matière d'image politique. Edvige est indigeste pour les français. Il sème une pagaille pas possible à l'Elysée et à Matignon.

Sarko a convoqué à toute vitesse ministre de l'Intérieur et chef de police concernés avec pour ordre de mener fissa une "concertation" réelle ou figurée mais propre à calmer le jeu.

Pourquoi tant d'attentions? D'abord parce que cette disposition touche les masses. Si ces dernières avaient été assez insensibles aux premières attaques liberticides en règle de la Sarkozye car elles n'en voyaient pas forcément la portée immédiate, le noir pouvoir du fichier de basse police Edvige, lui, saute aux yeux. Qui peut accepter sans sourciller que l'on fiche des enfants de 13 ans (même très turbulents), que l'on surveille quelqu'un (fût-il syndicaliste ou élu)  du fait de ses goûts en matière sexuelles où parce qu'il est malade?

Sans doute peu de gens, y compris parmi ceux que ne gêne pas dans l'absolu le fichage des "troublions". Ou ceux qui n'avait pas saisi les implications d'une mise sous tutelle de la presse, tentée par l'UMP à l'Agence France Presse, ou de la diminution du nombre des tribunaux qui entraîne tout autant une justice à deux vitesses qu'une formidable réduction de l'indépendance des juges. Ces derniers points étant pourtant les critères incontournables de la démocratie.

Donc, pour ce qui peut apparaître comme la "vraie" première fois depuis le sacre de Sarko 1er, le Peuple s'émeut. En profondeur. Personne n'avait vraiment réagi en juillet à la naissance, sous le manteau, par décret et donc sans débat parlementaire, du "bel" enfant qu'est Edvige.

De fait, il a fallu que la pétition "Non à Edvige" dépasse les 100.000 signatures lors de la première semaine de septembre et que notre confrère Libération en fasse sa une, pour que la vague anti-Edvige prenne de l'ampleur. Et le mouvement de contestation s'est nourri en boucle, prenant de court les anticipations tant à l'Elysée qu'à Matignon. Le collectif "Non à Edvige" a appelé mardi 9 septembre à des rassemblement partout en France et non seulement à Paris. (NB : vous pouvez signer l'appel sur la page pétition de detoxinfo.fr, déjà plus de 125.000 signatures)

Prenant au bond la réaction populaire, le monde politique et associatif suit. Incroyablement. Si, dès la parution du décret, le fichier avait été vivement critiqué par la Ligue des Droits de l'Homme, un syndicat d'éducateurs et la Ligue Communiste Révolutionnaire. La Halde (la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) fait à présent  l'objet de six saisines pour risque de comportements discriminatoires qu'entrainerait la constitution de ce fichier. Et les recours se multiplient devant le Conseil d'Etat. Le dernier a été déposé lundi par l'Union Syndicale des Magistrats (majoritaire) qui y voit plus qu'une "réactualisation" de l'ancien décret de 1991 relatif aux fichiers gérés par les Renseignements généraux.

Beaucoup plus embarrassant pour  l'exécutif, des personnalités comme Hervé Morin, ministre de la Défense et patron du Nouveau Centre a fait part de ses réserves sur Edvige, s'étonnant d'un "curieux mélange des genres". La patronne des patrons, Laurence Parisot, pas vraiment anti-libérale, demande de son côté des "explications" au ministère de l'Intérieur.

Fillon s'est donc retrouvé contraint à un rappel à l'ordre de ses troupes. "Ce n'est pas une caserne, un gouvernement, mais enfin là en l'occurrence, il ne faut pas se laisser aller à de jugements inspirés par une vision très légère des choses. Il y a des réalités dans notre pays qui sont des réalités fortes en matière de sécurité", aboie le "chef" du gouvernement.

Pire : il s'est cru obligé de mettre un coup de projecteur sur ce qui fâche : ce rappel à l'ordre, explique-t-il "ne remet pas en cause l'unité du gouvernement". Enfonçant le clou planté de travers par  Michèle Alliot-Marie (MAM) lors du "campus" d'été de l'UMP. La première flicesse de France s'était étonné que Morin n'est pas trouvé son numéro de téléphone pour lui demander des explications sur Edvige.

Mardi 9 septembre, c'est Rama Yade qui a ramené sa fraise. Sans doute en service commandé, afin de retourner la vapeur en laissant entendre que le gouvernement est à l'écoute de la rue. Sur le fichage des orientations sexuelles prévu par Edvige, "des précisions sont nécessaires, des clarifications sont utiles notamment sur cette question des orientations et je compte, et j'espère, que le Conseil d'Etat apportera cette précision là", avance la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme.

Pour ceux qui n'auraient pas encore compris Edvige génère non seulement un grand malaise populaire mais fait voler en éclat la belle "unité" de la majorité. MAM propose à présent le "droit à l'oubli" pour les mineurs, permettant d'en effacer ceux qui n'auraient finalement participé à aucun délit après un certain temps.  Un droit à l'oubli qui pourrait s'appliquer judicieusement au gouvernement.

detoxinfo.fr

Publié dans Politique

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