Plus que le G4, la rigueur de Trichet (BCE) repousse les risques d'une grande dépression

Publié le par Achille

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) de maintenir son principal taux directeur à un niveau inchangé (et élevé) de 4,25% a fait grincer de nombreuses mâchoires. A première vue, la politique de rigueur monétaire de l'austère gouverneur Jean-Claude Trichet—qui persiste à maintenir le crédit cher— est mauvaise pour le commerce que ce soit hors ou en Europe.

 Mais cette stratégie vise surtout à juguler l'inflation. Ce qui doit contribuer à repousser les risques d'une "Grande dépression" en dehors du Vieux Continent. Plus que les décisions du "G4", en tout cas.

Pourtant Sarko et Fillon l'espéraient ce petit geste de détente. Une baisse des taux aurait bien fait repartir en douce l'économie européenne et particulièrement celle de la France.

En laissant les banques se refinancer pour moins cher auprès de la BCE, ces dernières pourraient illico prêter plus aisément aux entreprises et aux particuliers. Les premières réinvestissant alors un tant soit peu dans la production, les seconds dans l'achat de biens de consommation voire dans l'immobilier. Mais voilà, adoucir le crédit revient à créer de la monnaie, donc de l'inflation et à terme de la monnaie de singe. Ce que précisément veut éviter la BCE et ses chiens de garde (fous).

D'ailleurs, les Etats-Unis en faisant financer par le contribuable le plan de sauvetage Paulson de 700 milliards d'euros—pour sauver le pays d'un risque "systémique" qui foutrait par terre les banques, puis ce qui reste d'industrie productive—veulent à tout prix éviter de répéter l'erreur de 1929.

La Grande crise avait débuté comme l'actuelle, par une folie spéculative ou tout s'achetait à crédit : mobilier, électro-ménager voire les postes de radio. Avec comme outil l'ancêtre des "junk bonds" et "subprimes" : les "call loans", instrument financier qui permettait de spéculer sur des actions en ne payant que 10% du montant des opérations.

La différence fut que lors de la dégringolade des marchés, les autorités américaines choisirent de faire marcher la planche à billet plongeant le pays dans une misère noire dont la simple évocation fait encore frémir (tout particulièrement en ce moment).

Nous noterons au passage que la loi Glass-Stegall de 1934 obligea les établissements financiers à choisir entre l'activité de  banque de dépôts et de banque d'investissement (ce que le Congrès américain détruisit en 1999 avec les conséquences que l'on sait...)

Si les Etats-Unis répondent comme un seul homme en 2008, l'Europe tente, elle, de faire croire à un semblant d''unité. Mais pas au point de  faire adopter l'idée d'un petit plan de sauvetage commun. Une bricole de 300 milliards d'euros s'est vue retoquer (à peine évoquée) par l'Allemagne qui "ne peut pas et n'entend pas accorder de chèque en blanc aux banques", responsables ou non. Sauf quand on ne peut faire autrement.

Berlin se voit, en effet, contraint de venir au secours des clients de  l'Hypo Real Estate (HRE), la quatrième banque allemande. Celle-ci  aurait besoin de 20 milliards d'euros en argent frais d'ici la fin de la semaine prochaine, de 50 milliards d'euros d'ici la fin de l'année, et de 70 à 100 milliards d'ici fin 2009, selon des conclusions de la Deutsche Bank dévoilées par le Welt am Sonntag.

Le mini sommet parisien chargé de définir entre la France, la Grande Bretagne, l'Allemagne et l'Italie une politique de réponse à la crise, n'a débouché que sur un catalogue de mesures aux allures de déclarations d'intentions. Suivant l'aigreur allemande, il a été notamment arrêté que les banquiers fantaisistes soient sanctionnés. Formidable.

Sarko, actuel président européen a joué un peu perso (!) affirmant que "la Commission européenne devrait faire preuve de flexibilité dans l'application des règles en matière d'aide d'Etat aux entreprises, comme dans les principes du marché unique". Tout cela alors que l'Etat français, aux côtés de la Belgique vient de renflouer Dexia.

N'en perdant jamais une, l'omniprésident a souhaité que "l'application du pacte de stabilité et de croissance devrait refléter les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons". La France faisant, on le sait,  figure de mauvaise élève en la matière.

Histoire de prouver la grande cohésion européenne, Jean-Claude Juncker (Premier ministre luxembourgeois et président de l'eurogroupe) et le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso, ont poliment renvoyé Sarko dans les cordes estimant que le pacte de stabilité et de croissance doit être respecté "dans son intégralité". Bien essayé quand même...

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