Chemin de croix aux chemins de fer (français)

Publié le par Achille

Profession : reporter. Super fantasmatique, un job où tout un chacun voit un baroudeur, bardé d’appareils photos, courir la tête baissée vers un hélico ou un DC8 africain pour aller couvrir un coup d’Etat en Papouasie transmélanésienne.
Je suis même grand reporter (enfin, c’est la qualification inscrite sur ma fiche de paie, …) mais, j’aime bien le train. Oh, pas que le Transibérien, non. J’aime le train français. Cette magnifique machine et ce réseau que le monde entier nous envie.
Il faut dire qu’il a été payé par toute notre famille, impôts et emprunts d‘Etat. De nous jusqu’à nos arrière-grands- parents. Ca coûte très cher un joujou pareil, avec ses gares et ses chefs, ses panneaux qui clignotent. Tout le toutim et pas dans un paquet de Noël avec un circuit qui tourne en rond. Des milliards.
Donc, j’adore les chemins de fer français. Profondément. Ainsi que les hommes qui le font tourner pour que je puisse voir les vaches (ou l’inverse) machouiller paisiblement.
Le hic, c’est que la Société Nationale (pour combien de temps ?) des Chemins de  Fer Français ne tourne plus rond.
Ses pannes à répétition tournent au gag. Surtout, si vous aimez l’Angleterre … Les caténaires se plaisent à disjoncter à qui mieux mieux et puis, il y a les pannes informatiques. Un personnel fautif ? Que nenni.
Plutôt une direction visionnaire, un peu trop sans doute, et dont les yeux sont braqués vers une petite remise entre les mains du privé, à terme. Une privatisation rampante, des lampistes en quelque sorte. Alors, on fait des économies. Sur tout et surtout sur le personnel …
Les pannes informatiques : sont-elles la rançon d’une modernisation, somme toute récente, afin de satisfaire au remodelage du réseau en croix TGV Lille-Marseille et Nantes-Strasbourg ? Lignes en dehors desquelles papys et mamies ont intérêt à s’entraîner à la course à pied pour aller voir leurs rejetons, car le reste de la France est devenu un semi-réseau (en étant très, très gentil) ?
Non pas, souvenons-nous du système Socrate, de vente et de réservation de billets, présenté en 1993 par le Président  Fournier comme une révolution technologique.
Acheté à prix d’or à une compagnie aérienne américaine (Fournier voulait à tout prix faire voler ses trains), ce fut une pétaudière infernale. Pas de formation, les pauvres guichetiers mettaient un bon quart d’heure, en moyenne, à émettre un ticket Paris-Mantes la Jolie. Si vous étiez quatrième dans la file d’attente avec un train partant dix minutes plus tard… Restait qu’on pouvait prendre son billet dans le train auprès d’un gentil contrôleur … Et bien non, la direction décidait, dans le même temps, des « contrôles sur quai », musclés. Tant qu’à faire …
J’ai assisté à une bataille rangée mémorable entre les nervis SNCF et des pious pious en perm’ qui voulaient rentrer, au plus vite, pour voir leurs chéries à Cherbourg.

DEUX QUEUES, SINON RIEN

Un aigle, le Fournier - pour calmer le jeu - il avait cru bon d' instaurer un deuxième guichet, dit de « bonne foi » : deux queues, sinon rien !
Mais Socrate, c’est du passé, et le fauteuil de Fournier est désormais occupé par Pepy, formé par Martine Aubry  et Michel Charasse, entre autres. Donc, un homme de terrain à première vue ...
Depuis 2003,  nous avons le système Mozaïque et … des pannes, des pannes et des retards, des retards … Regardant les tableaux d’exactitude affichés par la Senecefe dans les gares, l’habitué que je suis (c’est pas moi qui le dis, mon statut marketing est « très grand voyageur ») est en proie à un doute tenace.
Mais ce n’est pas grave, puisque la SNCF rembourse. Enfin, elle vous donne des formulaires avec des tarifs de remboursements progressifs, en fonction de l’importance des incidents. Elle vous demande de les envoyer à un charmant, mais totalement inaccessible autrement que par courrier, service à Arras. Ce dernier est, assez bizarrement, intitulé « relations clients ». Pour qu’il y ait relations, il faut qu’il y ait contact …
Bref, ces formulaires stipulent que, pour espérer un quelconque remboursement, il faut fournir, c’est normal, le billet qui fait preuve. L’ennui, c’est que plusieurs mois après votre envoi, on vous annonce régulièrement que le billet, que vous aviez pourtant soigneusement agrafé, est manquant et que l’examen de votre demande est … interrompu. Moi-même, et plusieurs de mes proches, se sont fait avoir. D’autant que les photocopies ne sont pas recevables pour la SNCF. Disent les « Relations Clients ».
Il n’y a pas qu’à Gaz de France (déjà privatisée, désormais soudée à Suez) qu’on sait se faire de la trésorerie.

 

Achille
    
  



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